Tension du gréement : le guide pratique du réglage

Par Nicolas

Pourquoi un bon réglage du gréement est important

La tension correcte du gréement maintient tout d’abord le mât droit et en place. Il donne ensuite aux voiles leur forme prévue et élimine les flexions qui ralentissent le bateau. Pour le plaisancier, cela se traduit par une navigation plus sûre, avec moins de mauvaises surprises à mesure que le vent augmente. Pour le régatier, ou le marin qui recherche la performance, un réglage précis améliore le cap, réduit la dérive et procure un gain sensible en vitesse : souvent 5% ou plus par vent modéré. Avec ce guide, on vous propose une méthode claire. Vous passerez d’un gréement qui semble bancal à un gréement qui permet au bateau de tracer sa route avec précision. Le tout en utilisant uniquement des outils basiques.

Un gréement dormant bien réglé est essentiel tant pour la sécurité que pour la performance.

Checklist avant réglage et outils nécessaires

  • Tensiomètre à haubans – fournit une mesure chiffrée pour chaque hauban, étai ou pataras.
  • Clé à ridoir – permet des réglages précis d’un demi-tour sans risque de dérapage.
  • Fil à plomb ou niveau laser – sert à vérifier la rectitude du mât après les ajustements de tension.
  • Gants de protection et lunettes – évitent les coupures causées par les pièces métalliques.

Avant de commencer, effectuez un rapide contrôle de sécurité. Assurez-vous qu’aucun membre d’équipage ne se trouve sous le mât. Vérifiez que le mât est solidement calé. Confirmez enfin que le gréement courant est suffisamment détendu. Une drisse pourrait appliquer une charge involontaire pendant le réglage. Enfin, vérifiez l’étalonnage du tensiomètre avant la première mesure. Mal étalonné, il vous donnerait des relevés erronés. Vérifiez-le par rapport à un poids connu ou au réglage zéro du fabricant.

Relevé de la tension initiale du gréement

Fixez le tensiomètre à un hauban ou à un étai et tirez doucement jusqu’à ce qu’il affiche une valeur stable. S’il s’agit d’un modèle qui nécessite une traction, évitez de tirer brusquement. Une traction lente et régulière reproduit la charge subie par le gréement sous voile.

Notez la valeur obtenue pour chaque câble : hauban bâbord, hauban tribord, étai et pataras. Indiquez également les conditions de vent à ce moment-là. Même un simple peson à ressort calibré peut fournir une estimation. Pour autant, la précision sera évidemment moindre. Ces relevés constituent votre point de départ. Ils permettent de voir dans quelle mesure le gréement s’éloigne de la plage cible que nous définirons à l’étape suivante.

Each mast and boat require a different tension setup.

Définir une plage de tension cible adaptée

La tension idéale du gréement varie en fonction de la taille du bateau, du matériau du mât et du style de navigation. Si vous ne disposez pas encore d’une plage de tension cible, voici quelques repères pour un voilier de croisière type de 9 mètres. Ce sont des fourchettes couramment utilisées pour les bateaux de série en fibre de verre avec un mât en aluminium standard :

  • Étai : 300 kg ± 15 %
  • Pataras : 250 kg ± 15 %
  • Haubans : 280 kg ± 15 %

Si vous connaissez la charge de rupture du mât (souvent inscrite sur le mât ou dans le manuel du propriétaire), appliquez la méthode suivante. Prenez 80 % de cette valeur pour obtenir la charge de travail pour l’étai. Puis appliquez une fourchette de ± 15 % pour avoir un gréement suffisamment rigide mais pas trop tensionné.

Exemple : si la capacité nominale du mât est de 400 kg, 80 % donnent un charge de travail de 320 kg. La plage cible se situe alors entre 272 kg et 368 kg. Utilisez le même pourcentage pour les haubans et le pataras, en ajustant légèrement à la baisse pour le pataras si vous préférez un mât un peu plus cintré dans la brise.

Heureusement, la plupart des bateaux n’ont pas autant de haubans et de ridoirs à régler sur chaque cadène !

    Ajustement des ridoirs

    • Étape 1 – Desserrez le bord opposé
      Pour maintenir le mât centré, réglez toujours simultanément le ridoir opposé. Si vous serrez le hauban bâbord, desserrez légèrement le hauban tribord (pas plus d’un quart de tour).
    • Étape 2 – Effectuez des réglages progressifs
      Tournez le ridoir cible dans le sens horaire pour augmenter la tension, dans le sens antihoraire pour la réduire. En règle générale, un tour complet modifie la charge d’environ 5 à 7 %. Sur un objectif de 300 kg, cela représente environ 15 kg. En effectuant des demi-tours, vous bénéficiez d’un contrôle plus précis (environ 7 kg), ce qui vous évite de dépasser la tension souhaitée lorsque vous vous en approchez. Conseil : visualiser la position du demi-tour sur le ridoir en la repérant au marqueur.
    • Étape 3 – Remesurez
      Après chaque demi-tour, réinstallez le tensiomètre, et relevez la nouvelle valeur pour la comparer à votre plage cible. Décidez alors si un autre demi-tour est nécessaire. Continuez le cycle de demi-tours jusqu’à ce que la valeur se situe à moins de 5 % de la valeur souhaitée.
    • Étape 4 – Reproduisez l’opération sur l’autre bord
      Une fois le hauban bâbord réglé, répétez la procédure sur le hauban tribord afin d’obtenir des tensions identiques. Une tension inégale provoquerait le décentrage du mât et induirait un déséquilibre dans le réglage des voiles.

    Répétez la séquence pour l’étai et le pataras, en gardant à l’esprit que l’étai est généralement légèrement plus tendu que le pataras sur les gréements faits pour naviguer au près.

    Vérification de l’alignement et de l’équilibre des tensions

    Suspendez un fil à plomb depuis le sommet du mât ou projetez un niveau laser dans l’axe du mât. La ligne doit toucher le pied du mât à quelques centimètres près. Inspectez visuellement les haubans. Ils doivent former des angles égaux sur chaque bord.

    Un rapide « test de vibration » permet de détecter un éventuel relâchement caché : saisissez le mât près du pont et tapotez-le fermement. Un gréement correctement tendu transmettra une vibration nette et uniforme. Si vous remarquez une oscillation ou une asymétrie, revérifiez le ridoir correspondant et ajustez-le d’un demi-tour.

    Enfin, faites une sortie d’essai de cinq à dix milles nautiques dans un vent modéré. Observez la gite du bateau, son cap et si la forme des voiles est propre et sans dévers excessif. Notez les éventuels ajustements supplémentaires à apporter après la navigation.

    Dernière vérification et journal d’entretien

    Après l’essai en mer, vérifiez que le bateau tient bien le cap, que la barre est équilibrée et qu’il n’y a pas de mouvement inattendu du mât. Consignez dans votre journal la date, la force du vent, la température ambiante, la tension de chaque câble et toute remarque concernant les réglages effectués. Conservez ces informations dans un carnet ou, mieux encore, dans Ready4Sea pour pouvoir les retrouver facilement.

    Sur la plupart des bateaux de croisière, vérifiez et ajustez la tension au minimum tous les ans. Faites de même après chaque navigation par gros temps ou dès que vous remarquez un changement dans la forme de vos voiles. Les régatiers, eux, peuvent vouloir vérifier avant chaque course. Si tel n’est pas le cas, vous pouvez bloquer les ridoirs à l’aide de goupilles fendues. Cela permettra d’éviter que les haubans et les étais ne se desserrent involontairement. Veillez simplement à protéger les extrémités des goupilles. Vous ne voudriez pas provoquer un accroc dans votre voile.

    En tenant un journal régulier et en effectuant des contrôles fréquents, vous minimiserez les défaillances imprévues. Votre gréement restera en parfait état avec un minimum d’effort.

    Vos voiles auront désormais une forme optimale. Les régler est devenu un vrai plaisir !

    Avertissement : Les instructions contenues dans cet article sont fournies à titre informatif uniquement. Si vous avez des doutes sur l’une des étapes, si vous avez une expérience limitée en matière de gréement ou si vous rencontrez des conditions inhabituelles, consultez un marin ou un gréeur qualifié. Ready4Sea fournit des conseils, mais n’est pas responsable des dommages, blessures ou pertes résultant de l’utilisation de ces informations.