Interview : Romain, tour de Méditerranée en voilier

Par Nicolas

Avec trois comparses, Romain a effectué un tour de Méditerranée à la fin de ses études. Ils ont choisi un Océanis 390 qu’ils ont retapé eux-mêmes. Il nous relate les travaux effectués, les problèmes rencontrés, la répartition des tâches. Un regard sans concession sur ce qui a marché ou pas, et sur la façon de mieux entretenir son bateau.

L'équipage de la Pacha Mama au complet, vu de l'étrave de leur bateau
L’équipage de la Pacha Mama au complet

Ready4Sea : Romain, tu as fait le tour de la Méditerranée à la voile pendant près d’un an à la fin de tes études. Peux-tu nous en dire plus sur ce projet ?

Romain Valverde : En résumé, c’est 4 copains, à la voile, en Méditerranée, pendant une année.

L’idée nous trottait dans la tête, à la fin de nos études. C’est au mois de juillet que nous avons acté le choix du bassin méditerranéen. La composition de notre équipage était assez hétéroclite, puisque nous étions deux à être bien expérimentés sur un voilier, mais également deux très novices. Nous n’avons pas tous été à bord tout le temps : nous avons dû composer avec nos obligations de fin d’étude et de début de vie professionnelle.

La Pacha Mama et d'autres voiliers au mouillage en Mer Méditerranée
Les photos de Romain font envie…

R4S : Votre bateau s’appelait Pacha Mama, peux-tu nous le présenter et nous indiquer comment vous l’avez trouvé et acheté ?

RV : Nous cherchions un bateau entre 35 et 40 pieds avec de bonnes qualités marines. Assez rapidement nous avons identifié l’Océanis 390 comme un candidat sérieux, avec ses 11m50 et sa coque ouverte à l’arrière.

L’un d’entre eux était à vendre à Port-Saint-Louis-du-Rhône à un prix un peu élevé par rapport à son état. En effet, il avait légèrement souffert lors d’un échouement, et l’expert avait décelé un problème non structurel au niveau du joint de quille. Ca nous a permis de négocier sensiblement le prix. Finalement, nous l’avons acquis début septembre 13% moins cher que le tarif initialement annoncé.

Pacha Mama, tel que nous l’avons renommé, était bien équipé : des panneaux solaires, un dessalinisateur, une trinquette à poste, des voiles de rechange et un spi un peu fragile, et encore quelques petites choses pratiques et sécurisantes. Le moteur d’origine fonctionnait bien. 

R4S : Quels types de travaux avez-vous eu besoin de faire avant le départ et à votre retour ?

RV : Les choses à refaire n’étaient pas trop nombreuses, à commencer par l’antifouling bien-sûr. Mais nous avons également changé les batteries et le disjoncteur de guindeau pour une fiabilité maximale. Enfin nous avons également rajouté une éolienne. Nous avons réalisé ces travaux initiaux les week-ends sur les deux mois qui ont suivi l’achat.

Au retour, en août, nous avons réalisé un mois de travaux d’entretien et de rénovation avant de le mettre en vente. Nous avons évidemment passé une nouvelle couche d’antifouling. Mais nous avons aussi remplacé nombre de cordages que nous n’avions pas encore changés (pour faire plus propre), réinstallé des filets sur les côtés, refait les quelques éclats de gel-coat qu’avait subi le bateau. Côté voiles, le spi avait été réparé trois fois, et le la bande anti-UV du génois changée. Mais surtout notre gros chantier final a été la réfection du pont en teck. Nous l’avons réalisée nous-même, cela nous a demandé bien 15 jours de travail et beaucoup d’huile de coude.

Tout cela nous a permis de revendre le bateau 20% plus cher environ. Cette valeur ajoutée reflétait trois choses : le coût des équipements ajoutés ou remplacés récemment, le temps passé, et le sérieux de l’entretien que nous avions réalisé. Et nos mois de navigation ne faisaient que confirmer et valider le bon état et les capacités du bateau.

Romain Valverde exhibe un beau marlin qu'il vient de pêcher
Visiblement, ils n’ont pas eu besoin d’apprendre à pêcher !

R4S : Dans quels domaines étiez-vous déjà compétents ? Dans lesquels avez-vous eu besoin de vous former et comment ?

RV : L’un de ceux qui ne connaissait encore rien à la voile en partant était en revanche calé sur les bateaux à moteur et un peu en électricité. Il avait notamment travaillé à Cannes sur des moteurs Yamaha et Mercury, et connaissait bien les exigences d’entretien d’un moteur. C’est donc naturellement à lui qu’est revenu tout ce qui était mécanique et électrique.

Changer un filtre à huile ou un impeller c’était la base, et tant mieux, car il a fallu intervenir sur l’échangeur. Nous avons eu des problèmes de circuit de refroidissement. Après avoir changé le rouet de refroidissement plusieurs fois, il s’est avéré que le filtre à eau de mer étant devenu une passoire. Il laissait entrer les méduses qui se faisaient aspirer jusque dans l’échangeur ! Le nettoyer n’a pas été facile, bouché qu’il était d’éléments urticants…

R4S : Et pour le reste, comment vous êtes-vous organisés pour l’entretien du bateau pendant votre voyage ? Était-ce le rôle de quelqu’un en particulier et quels outils avez-vous utilisé ?

RV : En ce qui concerne la coque, c’était relativement facile et fréquent. Nous l’inspections à chaque plongée, et c’est sans doute elle qui a eu droit à un maximum de soin.

Pour la partie voilerie et accastillage, c’était à nous, les deux voileux, de nous en occuper. Vérification des coutures et points d’usure, nettoyage des winchs, etc. : tout y est passé à un moment ou un autre. Mais faute d’outil, nous y sommes allés au feeling, sans planning. Et force est de constater qu’on se rendait souvent compte d’un problème trop tard, au moment où il survenait, ou lorsque les pièces s’étaient trop abîmées. Au final, les problèmes étaient plutôt subis qu’anticipés.

Pour reprendre la main, nous avons alors commencé à profiter des moments de tempête, lorsque nous étions coincés au port, pour faire des vérifications en amont. Mais rétrospectivement, il nous a manqué un véritable outil d’organisation.

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Romain Valverde, masqué, effectue l'entretien d'un des winchs du bateau. Les winchs ont besoin d'un bon nettoyage régulier pour bien fonctionner.
Les winchs ont besoin d’un bon nettoyage régulier pour bien fonctionner.

R4S : Quelles difficultés avez-vous rencontré au niveau de la maintenance ? Y a-t-il eu des loupés ? Et comment les avez-vous résolus ? Peut-être une ou deux anecdotes à relater en particulier ?

RV : L’un des problèmes qui a subsisté après nos travaux initiaux était une fuite sur l’un des plexis à poste fixe. Le fait qu’il n’était plus tout à fait étanche a rendu le voyage un peu humide. Nous disposions des plexis de rechange à bord, au cas où, mais nous n’avons jamais lancé le chantier de la pose. Finalement, nous les avons revendus avec le bateau pour que les propriétaires suivants puissent les poser le moment venu.

On peut également penser aux problèmes de refroidissement moteur que je viens d’évoquer. Nous avons sans doute une part de responsabilité, car si vous avions changé le filtre de prise d’eau, nous nous serions sans doute épargnés pas mal de problèmes et de tâtonnements pour comprendre d’où provenait la perte de débit.

Je vais donc faire une comparaison avec la location d’un bateau, car c’est un monde que je connais bien. En effet, j’ai organisé des croisières pour étudiants et j’ai donc régulièrement pris livraison d’un bateau, voire d’une flotte d’une dizaine de bateaux, pour les restituer 8 ou 15 jours plus tard. Lors de notre voyage, nous n’avons pas eu de problème sur le petit entretien régulier que l’on fait quotidiennement. C’est plutôt sur les quelques entretiens un peu plus importants et moins fréquents que j’ai des anecdotes à raconter. Dans 80% des cas, nous avons fait ce qu’il fallait. Mais c’est aussi là où il y a eu quelques loupés. Ce sont au final des choses qu’un loueur fait en début ou en fin de saison car c’est indispensable au bon fonctionnement du bateau. Et c’est là qu’il nous a peut-être manqué un peu de savoir-faire et de préparation.

Qui veut aller loin ménage sa monture. Une ribambelle de destinations résumée en une photo : les pavillons de courtoisie des pays visités au cours du voyage.
Qui veut aller loin ménage sa monture. Une ribambelle de destinations résumée en une photo !

R4S : Que pensez-vous de l’idée de proposer une appli qui aide les plaisanciers à mieux entretenir leur bateau ?

RV : J’y vois trois gros avantages pour ma part.

D’une part de former et informer les plaisanciers – et notamment les novices – pour passer au niveau supérieur de l’entretien de fond. L’accès à une base de connaissance et à un calendrier qui permet de tout retrouver est un réel plus à mon sens. Je pense aussi bien à des choses spécifiques à mon bateau qu’à des tâches génériques à tous les bateaux. Il y a plein de choses qu’on ne connaît pas en montant sur un bateau d’un type un peu différent : par exemple en passant d’un monocoque à un catamaran, ou d’un bateau à moteur à un semi-rigide.

Également, on a déjà bien évoqué le fait qu’un bateau bien entretenu peut prendre de la valeur. Et malgré les quelques loupés que j’ai partagés en toute transparence, nous avons malgré tout bien entretenu notre bateau. C’est cela qui nous a permis de faire de ne pas perdre d’argent sur ce voyage. Revendre son bateau 20% plus cher grâce à l’entretien, c’est possible, la preuve !

Enfin, comme dit précédemment, j’ai fréquenté pas mal de loueurs ou gestionnaires de flotte ces dernières années. Et je vois que pour eux cela sera pratique d’avoir un suivi des bateaux avec la possibilité de remontée des problèmes au fil de l’eau par les locataires. S’ils peuvent éviter de découvrir le samedi, à la restitution du bateau, qu’il y a un lazy-bag déchiré ou une mèche de safran tordue, par exemple, cela leur facilitera grandement la tâche. Leur suivi financier en sera également plus simple et plus précis, ce qui est plus important encore que pour un particulier.

La Pacha Mama, à sec sur son chantier, prête à partir
La Pacha Mama prête à partir

R4S : Et pour terminer, auriez-vous des conseils à donner et des bons plans à partager à ceux qui envisagent de faire comme vous ?

RV : Alors, mon conseil principal serait de ne pas sous-estimer la phase du choix du bateau, car cela conditionne énormément l’ensemble du voyage. Il ne faut pas hésiter, si l’on n’y connaît rien, à prendre un bateau dans un état irréprochable. Évidemment, ce sera plus facile par la suite avec l’appli, lorsque les vendeurs pourront justifier d’un plan d’entretien bien suivi.

Et puis un conseil également sur le bassin de navigation : les transats et les Antilles sont très à la mode pour une année sabbatique, mais la Méditerranée c’est bien aussi. Je ne sais pas pourquoi ça semble moins exotique, mais ça fait un trip très riche et haut en couleur, c’était magnifique.

La Méditerranée n'a pas grand chose à envier aux Antilles : un mouillage aux Baléares, vu par drone.
La Méditerranée n’a pas grand chose à envier aux Antilles !

Retrouvez leur voyage en image sur le compte Instagram @marenostrumsailing

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